Ma révolution gyn’écologique de sage femme !

Cela fait maintenant 3 ans que j’ai intégré une méthode de l’observation du cycle = MOC (la méthode de l’ovulation BillingsTM) dans ma pratique de la consultation en gynécologie. Et depuis lors, tout a changé pour moi. C’est un peu comme une révolution gyn’écologique 😉 !

Qu’est ce que cela a changé ? Cela m’apporte d’incroyables clefs de compréhension pour les troubles gynécologiques et les situations d’hypofertilité de mes patientes. Voici un schéma récapitulatif de tout ce que le cycle peut nous dire de l’état de santé et de fertilité de la femme.

Synthèse des intérêts d’une MOC

Les flèches « NON » indiquent un trouble voire une pathologie de la fertilité. C’est le rôle de la sage-femme, du médecin de déceler une anomalie afin de permettre une prise en charge médicale adaptée.

Que m’apporte la MOC dans ma pratique de sage-femme ?

Comme les autres MOC, la méthode de l’ovulation BillingsTM permet à la femme et donc à la sage-femme que je suis de répondre à trois questions fondamentales :

Est ce que cette femme ovule ? Oui ou non ?

Quand est-ce que cette femme ovule ? A quel moment du cycle ?

Comment ovule-t-elle ? Cette ovulation est-elle de qualité ?

En analysant le tableau de la femme, je peux vérifier si ses ovaires fonctionnent – grâce à la présence ou non du mucus cervical – et donc s’ils sont stimulés par le cerveau (hypothalamus et hypophyse). Je peux également voir si l’ovulation a eu lieu et quand celle-ci s’est produite dans le cycle. Enfin, je peux évaluer si l’ovulation était de qualité. Cela me permet aussi d’analyser les saignements qui contrairement aux idées reçues, ne sont pas forcement des règles. (voir mon articles sur les saignements).

Bref, si vous souhaitez approfondir le cycle pour vous même,

je vous encourage à découvrir une méthode d’observation du cycle (BillingsTM, FertilitycareTM ou la symptothermie) et a prendre contact avec une monitrice/instructrice.

Si vous êtes professionnel(le) de santé,

Que vous souhaitez en savoir plus sur la physiologie de la fertilité, je vous laisse parcourir mon site internet. Vous y trouverez des formations vous permettant d’aller plus loin et de vous perfectionner dans le suivi gynécologique des femmes grâce à une meilleure compréhension de leur fertilité.

Bonne découverte !

Conseils de lectures … mes « livres phares »

Voici un article dédié aux ouvrages que j’aime et qui composent ma bibliothèque de sage-femme. Dans mon cabinet, mes livres sont destinés à permettre à mes patientes d’approfondir des thèmes en fonction de leur étapes de vie. En voici donc quelques uns …

1. La méthode de l’ovulation Billings

Ecrit par Dr Lyn Billings et Ann Westmore

2. Naturel et fiable, le manuele manuel

Ecrit par Sensiplan

3. Period repair manuel

Ecrit par Lara Briden

4. Le syndrome pré menstruel

Ecrit par le docteur Bérangère Arnal

5. Equilibre hormonal et progestérone naturelle

Ecrit par le docteur John R. Lee

6. Tout savoir sur la pré-ménopause

Ecrit par le docteur John R. Lee

7. Que se passe-t-il dans mon corps ?

Ecrit le docteur Reith-Paula

8. Kiffe ton cycle

Ecrit par Gaelle Baldassari

Le grand mystère des règles

Ecrit par Jack Parker

Ma bibliothèque aime s’agrandir alors n’hésitez pas à me partager vos trésors 😉

Et pourtant … Le jour où, sage-femme, j’ai vraiment découvert le col de l’utérus ?!

Mes études de sage femme étaient alors terminées. J’avais d’abord usé mes pantalons et mes jupes sur les bancs de la fac pour une année de médecine où je m‘étais plongée dans l’univers médical, ô combien passionnant mais vertigineux. J’avais ensuite poursuivi cette année par 4 ans à l’école de maïeutique pour devenir la spécialiste de la santé des femmes : une sage-femme ! La santé génésique, la grossesse, l’accouchement et l’allaitement physiologiques ne devaient plus avoir de secrets pour moi, et pourtant …

NATALI_MIS/ISTOCK

J’ai été passionnée par mes études, par mes cours et les stages nombreux qui nous révèlent les multiples facettes du métier. J’ai entendu parlé dans les détails de l’utérus et du col de l’utérus de la femme enceinte et de la femme qui accouche : la parturiente. J’ai appris tous le langage de la salle de naissance : MAP, RCIU, monito, BDC, CU, IU, RCF, TV, BU, CLPFT, césar, VB, APD, et d’autres joyeux acronymes qu’il faut apprendre à décrypter. 

J’ai aussi eu des cours de gynécologie où rapidement nous sommes passés du cycle féminin dans son déroulement hormonal aux troubles en tout genre : aménorrhées, spanioménorrhés, oligoménorrhées, dysménorrhées, métrorragies, ménorragies, polyménorrhées… J’ai failli couler dans un univers où le sang est la seule référence des troubles. J’ai d’ailleurs eu du mal à me souvenir de chacun de ces mots … Mais pourquoi une femme saigne-t-elle de façon aussi bizarre ? Pourquoi ses règles peuvent-elles prendre une multitude de facettes ? J’avais donc les clefs en mains pour comprendre la gynécologie, et pourtant …

Et ensuite les cours sur la contraception ont occupé une place centrale en gynécologie : DIU, SIU, pilules OP, progestatifs, micro progestatifs, implants, anneaux vaginaux, préservatifs masculins, féminins, injection, patch contraceptif … mais pas les « méthodes naturelles » destinées aux écervelés qui « voulaient avoir un enfant à un moment où ils ne l’ont pas choisi ». Je devais maitriser ce sujet de la planification familiale, et pourtant …

Un jour une de mes patientes m’a posé des questions sur son cycle : Pourquoi mes cycles durent 40 jours ? Si j’ai mes règles, cela signifie-t-il que j’ovule ? Pourquoi parfois il m’arrive de voir des pertes avec des traces de sang ? Suis-je normale ou faut-il s’inquiéter ? Dois-je consulter un gynécologue et faire des examens approfondis ? J’avais quelques réponses « fourre tout » à lui apporter. Je pensais pouvoir lui apporter des réponses précises, et pourtant …

Quand, 6 mois après mon diplôme, j’ai atterri dans une formation d’un week-end organisé par une association appelée WOOMB (World Organisation Ovulation Method Billings™). Je m’y étais rendue pour compléter mes connaissances sur le cycle, consciente d’importantes lacunes. C’est alors qu’un couple de formateurs, médecins ni l’un ni l’autre a commencé à nous parler du col de l’utérus. Je les ai regardé et écouté amusée de me dire qu’ils n’allaient quand-même pas m’apprendre mon métier, et POURTANT !

Mesdames, je vous déclare que notre col a un super pouvoir : celui de nous renseigner clairement sur le moment de notre cycle, sur l’alternance entre notre fertilité et notre infertilité. Il ne doit plus être un étranger pour personne.

Ce pouvoir qui lui est conféré provient du mucus que le col sécrète en continue. Ce mucus cervical obstrue le col pendant la plupart du cycle mais 4 à 7 jours par cycle, le col sécrète un mucus beaucoup plus fluide qui, par la gravité, arrive à la vulve de façon perceptible. Cette sécrétion est le reflet de l’activité de nos ovaires et de l’imminence de l’ovulation. C’est un marqueur extrêmement fiable, de la fertilité de la femme. J’ai même découvert alors qu’il y avait plus de 4 types de mucus cervical avec des rôles bien distincts : anti-infectieux, obstruction, sélection, canalisation, transport et nutrition des spermatozoïdes.

ALORS, une révolution était en marche. Ce jour-là, je peux dire que j’ai découvert le col de l’utérus ! Ce col en fait qui m’était étranger jusqu’alors car je ne connaissais que le col d’une femme enceinte (ce qui est loin d’être la majorité du temps). Ce col qui allait me permettre de mieux me comprendre, de mieux m’écouter, de mieux m’accepter, venait de m’être instruit dans les moindres détails. Cet « incroyable cervix » – comme l’avait nommé le professeur Erik Odeblad (biophysicien et chercheur Suédois qui a concentré la plupart de sa recherche sur le col) – allait me faire prendre un virage dans ma vie de femme et dans ma vie de sage-femme. Grâce à lui, le suivi gynécologique de mes patientes ne serait plus jamais le même Et pourtant, le col est situé dans un endroit inaccessible pour les yeux. Il se situe en profondeur de notre intimité. Un endroit réservé aux gynécologues et aux sages-femmes. Pour l’observer, il faut glisser un instrument appelé « spéculum ».

Ce n’était pas l’examen au spéculum qui allait alors me permettre de mieux le comprendre mais bien l’observation des signes et symptômes de mon propre cycle d’abord et des nombreux cycles de mes patientes ensuite. J’ai découvert la méthode de l’ovulation Billings™, l’une des principales méthodes d’observation du cycle enseignée en France et dans le monde. Grâce au tableau de suivi, j’allais débuter la compréhension de notre fertilité de couple et j’allais pouvoir enseigner aux femmes et aux hommes des informations essentielles sur leur fertilité.

J’étais devenue une autre sage-femme qui part de la réalité d’une femme et non d’une généralité, qui observe ses signes à elle et non un standard, qui a enfin compris que l’ovulation n’a pas lieu le 14ème jour d’un cycle de 28 jours, qui cherche la cause d’un cycle de 35-40 jours, qui analyse la phase fertile afin de comprendre comment la patiente ovule, qui ne se contente pas d’un test d’ovulation pour valider la fertilité, qui oriente les examens biologiques en fonction de son cycle à elle, qui observe les règles avec précisions, à la lumière de la phase fertile qui précède, qui ne considère pas tous les saignements comme des règles, qui a conscience que l’événement majeur du cycle est bien l’ovulation… et qui garde en mémoire que la clinique est toujours plus importante que la paraclinique !

Merci à ceux qui m’ont enseigné ce trésor de ma propre fertilité et qui m’ont permis de transmettre à mon tour. Merci à toutes les femmes, nombreuses, qui ont su me faire confiance et qui m’ont permis de devenir la sage-femme que je suis aujourd’hui !

Pour en savoir plus sur la méthode Billings™ : www.methode-billings-woomb.fr

Facebook : https://www.facebook.com/methodebillingsfrance/?hc_location=group

Peut-on avoir une sexualité épanouie enceinte ?

Peu de femmes osent en parler à leur gynécologue ou leur sage-femme mais pourtant, il existe bien des questions, des fantasmes et des inquiétudes autour de la sexualité. Comment vivre sa sexualité enceinte ? Y a t-il des changements dans le désir de la femme, dans le désir de l’homme ? Prenons nous des risques pour notre enfant ? Quelques éléments de réponse :

Le désir sexuel lors de la grossesse varie d’une femme à l’autre, d’un homme à l’autre, d’un couple à l’autre. Il évolue au fil de la grossesse. En effet, la grossesse induit chez la femme de nombreux changements physiques, physiologiques et psychologiques qui influent sur la sexualité.

Tous les saignements ne sont pas des règles !

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Site : www.cyclenaturel.fr

Savez-vous que lorsque l’on observe un saignement, il ne s’agit pas forcément des règles ? Savez-vous à quel autre évènement il peut correspondre ? Alors, quels sont les saignements physiologiques, c’est-à-dire « normaux » prévus par la nature, au cours d’un cycle menstruel ? Je vous dis tout !

Cet article a été écrit par Marion Vallet. Marion a 30 ans, elle est sage-femme, monitrice et formatrice de la méthode Billings, une méthode qui apprend aux femmes à identifier les signes de leur fertilité, afin de leur permettre de favoriser, différer ou éviter naturellement une grossesse.

Savez-vous que lorsque l’on observe un saignement, il ne s’agit pas forcément des règles ? Savez-vous à quel autre évènement il peut correspondre ? Alors, quels sont les saignements physiologiques, c’est-à-dire « normaux » prévus par la nature, au cours d’un cycle menstruel ? Je vous dis tout !

Toutes les femmes savent quand elles ont leurs menstruations. C’est d’ailleurs ce qui marque de façon objective l’entrée dans la fertilité d’une femme au moment de ses premières règles (ménarches). En réalité, l’activité ovarienne débute en amont et parfois quelques années auparavant.

Le cycle naturel de la femme comporte 4 phases :

  • Les menstruations,
  • La phase pré-ovulatoire (ou folliculaire),
  • La phase ovulatoire,
  • La phase post-ovulatoire (ou lutéale).

Chacune de ces périodes comporte des particularités qui définissent la fertilité et l’infertilité d’une femme. Et à chaque période peut intervenir un saignement physiologique, plus ou moins important, et plus ou moins constant.

1. LES MENSTRUATIONS

C’est le saignement le plus connu ! Les règles ! Cette première phase est arbitrairement le début du cycle car reconnaissable par toutes les femmes mais en réalité il correspond à la fin d’un processus hormonal très précis. Les menstruations suivent l’ovulation, 11 à 16 jours plus tard que celle-ci. S’il n’y a pas de fécondation, elles sont le résultat d’une chute de la progestérone et des œstrogènes qui, en interrompant la stimulation de l’endomètre (le développement de la muqueuse utérine) va entraîner sa destruction et son évacuation : ce sont les règles.

2. LE SAIGNEMENT DE PRIVATION

Le saignement de privation est le saignement de la deuxième phase du cycle. C’est celui que l’on confond le plus souvent avec les menstruations ! Mais attention. Pendant la phase pré ovulatoire, il arrive que les follicules matures croissent lentement et fabriquent une petite quantité d’œstrogènes, stimulant  faiblement l’endomètre, mais trop faiblement le col pour que celui-ci ne s’ouvre et que la glaire ne se modifie. C’est en particulier le cas :

  • après l’arrêt d’une contraception hormonale, lorsque le corps doit « réapprendre à ovuler », ou d’insuffisance oestrogénique ;
  • lors de l’allaitement où il va y avoir une compétition entre la prolactine et les œstrogènes. En fait, la prolactine exerce un rétro contrôle négatif sur le cerveau et donc le taux de FSH stagne en plateau au lieu de monter et cela entraîne un plateau d’œstrogènes. Si la prolactine remonte (suite à l’augmentation du nombre de tétées ou leur fréquence), la FSH va chuter et donc les follicules vont interrompre leur croissance et leur production d’œstrogènes.

Il peut en résulter un saignement de privation (endomètre « privé » d’œstrogènes). La femme peut penser qu’elle a des vraies règles, ou son retour de couche, alors que ce saignement est une privation. Suite à ce saignement, il peut se passer encore des jours et des mois avant que la femme ne reconnaisse son ovulation.

Un saignement de privation peut avoir l’aspect et la durée des menstruations. Cela dépend de l’imprégnation en œstrogènes de l’endomètre et donc de son développement. Mais s’il n’y a pas eu d’ovulation avant, le saignement de privation ne correspond pas à des menstruations. Ces saignements sont de nature différente ! Pour les distinguer, une seule solution : guetter ses ovulations.

3. LE SAIGNEMENT DE POUSSÉE ŒSTROGÉNIQUE

Le saignement de poussée œstrogénique est un saignement bref (ou spotting) qui intervient au moment de l’ovulation, dans la phase ovulatoire. Il s’agit d’un saignement provoqué par l’ascension exponentielle des œstrogènes suivie d’une chute brutale de celles-ci. Il ne marque pas le temps précis de l’ovulation mais est signe que le processus est en préparation. Ce saignement n’est pas automatique ! Ce n’est pas parce que vous n’avez rien vu, que vous n’avez pas ovulé.

4. LE SAIGNEMENT DE NIDATION

Le saignement de nidation est comme son nom l’indique un saignement qui va intervenir dans le cycle en post ovulatoire, environ une semaine après l’ovulation. Lorsque l’embryon arrive dans la cavité utérine après avoir voyagé 5 jours dans la trompe, il va s’implanter dans l’endomètre. Ce lieu d’implantation peut saigner au moment de la nidation. Ce phénomène n’est pas constant non plus.

Si vous observez des saignements qui ne correspondent à aucune de ces descriptions, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou votre sage-femme !

L’éducation menstruelle en France – blog dans ma culotte

Ainsi, alors qu’elles font partie du processus naturel du corps féminin, les règles sont souvent synonymes de honte et peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé des jeunes filles. L’éducation menstruelle en France est donc essentielle.

https://dansmaculotte.com/fr/blog/education-menstruelle-france-n194

EMPOWERMENT DE LA FEMME, OU COMMENT DÉCOUVRIR LA PUISSANCE DE LA FERTILITÉ

Le dernier numéro de la lettre de l’ANSFL présentait un livre intitulé : Le grand mystère des règles1. Et oui, les règles restent toujours un mystère pour nous aujourd’hui! Il en est de même sur le cycle menstruel. A l’heure des hashtags #balancetonporc , #payetonutérus ou alors #payetongynéco, il est grand temps de réaliser que les femmes ont plus que jamais besoin de reprendre le pouvoir, c’est-dire le contrôle sur leur propre corps, sur leur propre féminité, sur leur sexualité.

Pourtant cela fait une dizaine d’année que la France est retournée à l’accouchement physiologique, notamment grâce à des personnalités telles que le docteur Bernadette de Gasquet, le docteur Michel Odent ou encore Jacqueline Lavillonnière, Isabelle Brabant et bien d’autres. Ces professionnels ont sillonné le pays pour aller transmettre leur savoir et former les équipes médicales. Les maternités ont considérablement fait évoluer leurs pratiques autour de l’accouchement, à l’aide de la mécanique obstétricale plus particulièrement, mais aussi et surtout en se mettant à l’écoute des besoins des femmes, des couples et des enfants, limitant ainsi la systématisation du travail et de l’accouchement. En témoigne la récente mise à jour des recommandations de bonnes pratiques (RBP) éditées par la Haute Autorité de Santé autour de l’accouchement physiologique2.

« Empowerment » de la femme et fertilité ? Quel est le rapport ?

L’empowerment se définit comme l’autonomisation d’un individu, la capacité d’agir de manière autonome.3 La gestion de la fertilité des femmes, et plus généralement des couples est devenue, depuis l’avènement de la contraception médicale (1967)4, une affaire de professionnels de santé. La majorité des femmes françaises5 ont besoin d’une ordonnance ou d’un acte médical pour maîtriser leur fertilité, réguler les naissances. Elles ont besoin de nous !

Nous sommes donc revenus à l’accouchement physiologique, à la grossesse physiologique. C’est un bon premier pas! Mais qu’en est-il du cycle menstruel physiologique ? Et si les femmes avaient aussi le désir de reprendre le contrôle de leur fertilité ? Je suis frappée tous les jours de rencontrer en consultation des femmes qui se posent des questions sur leurs cycles, avec leurs longueurs et leurs irrégularités parfois, sur les saignements qu’elles ne décodent pas toujours, sur les douleurs de règles bien souvent banalisées et sur le « normal » et le « pathologique ». Jeune sage-femme, je m’étais sentie mal à l’aise avec ces questions et j’avais éprouvé un sentiment étrange et angoissant de n’avoir pas tout appris sur cette physiologie si particulière et si complexe de la femme. Il me manquait des clefs de lecture de la pathologie gynécologique par manque de connaissances de physiologie. Ne sommes-nous pas, soignants, celles et ceux qui doivent adresser nos patientes aux médecins quand cette frontière du « normal » est franchie ? Comment donc « adresser » si je ne connais même pas avec précision la physiologie, à commencer par ma propre physiologie ? Et après ce constat qui nécessite une remise en question, comment aider et accompagner les femmes dans leurs questionnements si nous mêmes, sages femmes professionnelles de la physiologie de la femme, nous ne savons pas toujours leur répondre avec précision.

La période des tabous n’est pas encore révolue. N’y a t il pas aussi des tabous médicaux, des idées reçues sur le sujet des règles, du cycle, de l’ovulation, des « méthodes naturelles » ? Sommes-nous restés bloqués dans les années 1930 sur la découverte du docteur Ogino ? Il est grand temps de faire évoluer nos pratiques pour passer d’une gynécologie Ogino à une gynécologie centrée sur la femme, sur sa singularité. Cela fait bien longtemps que nous avons compris qu’un cycle ne fait pas forcément 28 jours et que la femme n’ovule pas forcément au 14ème ! Oui, les femmes ne sont pas des robots ! Mais alors comment « fonctionnent-elles » vraiment ? Mais alors pourquoi en cas d’hypofertilité, continuer à prescrire des bilans sanguins à J21 ou encore faire une échographie pour monitorer l’ovulation au jour 14 ou bien prescrire de la progestérone afin de soutenir une phase lutéale entre J16 et J256 ?

Je n’arrivais pas en temps que jeune sage-femme, à résoudre moi-même ces questions, commençant tout juste à découvrir ma propre physiologie. J’ai pu alors expérimenter mon propre empowerment à me sentir femme, à me sentir libre, en ayant la connaissance des différentes phases de mon cycle et ainsi, grâce à cette connaissance, pouvoir faire coïncider nos projets de couple et de famille. Je me suis plongée dans la littérature des publications médicales sur ce sujet et j’ai découvert que bon nombre de scientifiques avaient déjà travaillé cette question. Ce n’est pas récent !

D’abord, les scientifiques Kyusaku Ogino et Herman Knaus ont constaté de manière indépendante que l’ovulation avait lieu en moyenne quatorze jours avant le premier jour des règles.7 Découverte du siècle sur la fertilité qui a permis de mieux comprendre le cycle ! À partir de cette information, un gynécologue-obstétricien, le docteur Leo Latz a publié en 1932 l’ouvrage : Rythme d’infertilité et de fertilité chez les femmes. Il y décrivait déjà les formules qu’une femme pourrait utiliser pour prédire la période de fécondité de son cycle en fonction de ses cycles précédents.8 Il nous faut nous rappeler qu’à l’époque cette méthode basée sur le calendrier était l’une des méthodes les plus efficaces – il y a presque cent ans ! Dans les années 50, d’importantes découvertes scientifiques fondamentales ont été faites quant au rôle essentiel de la glaire cervicale (mucus cervical) sur la santé reproductive. Ensuite, en 1964, le docteur Billings a découvert le rôle de la glaire cervicale dans la fertilité en réalisant une étude en Australie auprès de nombreuses femmes. Par la suite, le docteur Erik Odeblad a identifié et décrit les différents types de glaire cervicale de type E et de type G, qui sont produits sous l’influence de l’estradiol et de la progestérone et cartographiés là où ils sont sécrétés dans le col de l’utérus910. Ces importantes découvertes ont fixé les bases du développement des méthodes modernes de planification familiale naturelle (NFP) qui reposent principalement sur les observations de glaire cervicale.

Ce vaste corpus de preuves et de connaissances a continué à se développer au XXIe siècle grâce à des recherches approfondies sur les différentes méthodes d’observation du cycle (appelées en France : « méthodes naturelles »). Mais pourquoi n’en avons nous jamais entendu parler lors de nos études ?

Alors connaître sa fertilité ? Pourquoi ? Comment ?

Pourquoi ? Reprendre le pouvoir sur son cycle, peut avoir trois objectifs principaux bien distincts : éviter ou différer une grossesse, concevoir et connaître sa fertilité et sa santé génésique. En somme, par cette connaissance, la femme devient une experte de sa fertilité et acquiert une certaine autonomie qui la rend libre vis-à-vis du soignant. Libre ne signifie pas que la femme quitte alors la relation de soin. Plus exactement, la femme va devenir un véritable partenaire dans son suivi gynécologique et pourra même anticiper une prise en charge par l’observation attentive de son cycle. Ainsi l’observation du cycle devient un outil de santé publique !

Comment ? Connaître sa fertilité nécessite une véritable formation auprès de personnes accréditées. Le paradoxe est que ni les sages-femmes (ni les médecins d’ailleurs) ne semblent bien formés à cela. C’est ce que me disent les sages-femmes et les médecins que je rencontre et qui viennent se former. Ainsi, nous n’avons pas ou peu appris les biomarqueurs de la fertilité et nous envisageons le cycle de la femme au travers des menstruations. En effet, un cycle se définit du premier jour des règles au premier jour des suivantes. D’ailleurs la variabilité des cycles est décrite avec la racine : – ménorrhée (spanio-, oligo-, poly-, dys-, algo- …). Pourtant l’événement du cycle n’est pas la période des menstruations, mais bien la phase fertile et l’ovulation ! Sans ovulation, pas de règles mais des saignements. Quels sont ces biomarqueurs que la femme va apprendre à reconnaître ? Ils sont plusieurs. La glaire cervicale et la sensation qu’elle provoque à la vulve, la température basale du corps qui va subir une évolution au cours du cycle, la position du col qui varie en fonction des phases du cycle et d’autres biomarqueurs secondaires que la femme peut repérer.

Observer sa fertilité nécessite une grande rigueur de la femme. Rigueur dansl’observation au quotidien des biomarqueurs de la fertilité. Rigueur également dans la tenue d’un tableau que la femme va remplir jour après jour et qui va lui permettre de se situer dans son cycle. Rigueur enfin car elle sera accompagnée dans l’analyse des premiers tableaux par la personne qui l’a formée jusqu’à ce qu’elle soit autonome.

Alors après cet apprentissage, réguler les naissances sans hormones, est-ce possible ? Est-ce fiable ? Le manuel destiné aux internes en médecine comporte quelques lignes sur ce sujet traitant la planification familiale naturelle de façon très imprécise voire erronée11. Cependant, l’OMS a transmis des chiffres récents sur la fiabilité des différentes méthodes contraceptives « modernes » et on découvre un indice de Pearl à 2 en efficacité courante pour la méthode sympto-thermique12. Aujourd’hui en France, ce sont des associations qui enseignent les différentes méthodes d’observation du cycle car les professionnels de santé n’y sont pas ou peu formés. Pourtant, de plus en plus de femmes se tournent vers ces méthodes, vers du naturel, du « sans hormones » et nous, sages-femmes, nous devons mieux les connaître pour les présenter et pour suivre les femmes qui font ce choix. Quelles sont-elles ? Qu’existe-t-il aujourd’hui ? Quelles sont les méthodes les plus enseignées en France ?

1. Méthodes basées sur la glaire cervicale

– Méthode de l’ovulation Billings, basée sur la découverte par les docteur Billings (1964) que les femmes étaient capables de suivre efficacement les périodes fertiles et infertiles de leurs cycles en notant les changements de sensation de glaire cervicale à la vulve. Le Dr James Brown, endocrinologue, et le Dr Burger ont contribué à la validation de la méthode en menant des études corrélationnelles sur les hormones de la reproduction chez la femme et le pic de glaire cervicale.

www.billingslife.fr

– Méthode Fertility Care (de l’université de Creighton), méthode basée sur l’analyse standardisée de la glaire cervicale. Le modèle Creighton utilise un système normalisé d’enseignement, de tableau, de suivi et d’évaluation de la fertilité pour faciliter l’utilisation de la méthode par les couples. Le Dr Hilgers, un gynécologue-obstétricien, a également mis au point un ensemble de protocoles médicaux et une technologie de procréation naturelle (NaPro Technologie), qui intègre l’utilisation du tableau du modèle Creighton pour faciliter le diagnostic, l’exploration et le traitement ciblés des troubles gynécologiques.

www.fertilitycare.fr


2. Méthodes basées sur la glaire cervicale et la température

– Méthodes sympto-thermiques. Même avant que les chercheurs découvrent le rôle important de la glaire cervicale dans l’identification de la phase fertile, des médecins ont étudié le rôle de la température corporelle basale (TBC) et ont décrit son utilisation en tant que méthode de planification familiale naturelle. Le Dr Rudolf Vollman a commencé ses recherches dans les années 1930 et a conclu qu’une augmentation de la TBC est un indicateur précis de l’ovulation. Le Dr Gerhard Doering d’Allemagne a démontré que l’infertilité de la femme revient à partir du troisième jour de la phase hyperthermique (haute température) jusqu’aux prochaines règles.

ð www.cler.net
ð www.symptothermie.com

En découvrant les nombreuses publications bien méconnues et les différentes méthodes de planification familiales naturelles avec une forte assise scientifique, j’ai eu à cœur de transmettre cette physiologie à mes patientes en consultation. Peu à peu, des collègues sages-femmes m’ont demandé de les former. Aujourd’hui, je suis également formatrice auprès des professionnels de santé : sages-femmes, médecins, pharmaciens, infirmiers … concernés par cette connaissance de la fertilité. Ensemble nous contribuons ainsi à répandre ce pouvoir du féminin aux autres femmes, aux couples aussi. Car les hommes que j’ai rencontrés en consultation, sont très désireux aussi de mieux comprendre leur femme, de mieux la respecter et de contribuer par leur implication dans la gestion de la fertilité du couple, très fortement basée sur celle de la femme (l’homme étant fertile de façon profuse et permanente). L’empowerment des femmes fait du bien aux hommes !

Pour aller plus loin, un site internet réalisé par des professionnels de santé pour les soignants : www.factsaboutfertility.org

1 Le grand mystère des règles, Jack PARKER, Editions Flammarion, 2017.
2 https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2820336/fr/accouchement-normal-accompagnement-de-la-physiologie- et-interventions-medicales
3 L’approche de l’empowerment des femmes, un guide méthodique, Juin 2007 http://www.genreenaction.net/IMG/pdf/FAITapproche_empowerment_femmes_CFD.pdf
4 Loi Newirth, Loi du 28 décembre 1967 relative à la régulation des naissances
5 Etude FECOND, INED, La contraception en France, nouveau contexte, nouvelles pratiques, 2010.

6 RCP Duphaston 10mg, ANSM http://agenceprd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0185549.htm. Rappel : la SF n’a pas le droit de prescrire du Duphaston en cas de phase lutéale déficiente.
7 Leo John Latz, Kyusakua Ogino, and Herman Knaus, The Rhythm of Sterilty and Fertility in Women: A Discussion of the Physiological, Practical, and Ethical Aspects of the Discoveries of Drs. K. Ogino (Japan) and H. Knaus (Austria) regarding the Periods when Conception is Impossible and when Possible. (Chicago: Latz Foundation, 1932), 35.

8 Latz, “Rhythm of Sterilty and Fertility.”

9 Erik Odeblad, “Cervical Mucus and Their Functions,” The Irish Colleges of Physicians and Surgeons 26, no. 1 (1997): 28.
10 Erik Odeblad, “The Discovery of Different Types of Cervical Mucus,” Bulletin of the Ovulation Method Research and Reference Centre of Australia 21, no. 3 (1994): 3,8,21.

11 Gynécologie et obstétrique, La référence KB, Prs Blandine Courbière et Xavier Carcopino, 2017, 293 et 312.
Les référentiels des collèges, Gynécologie et obstétrique, CNGOF, 2018.
12 http://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/family-planning-contraception, rédigé le 8 février 2018.